Prendre le transport en commun à Montréal lorsqu’on est à mobilité réduite, « c’est vraiment pas évident », assure Maude Massicotte, directrice générale de DéfPhys Sans Limite, un organisme de soutien et de services aux personnes handicapées à Montréal.
Vivant elle-même avec un handicap, elle témoigne des obstacles qui entravent ses déplacements sous plusieurs formes.
Pour un trajet qui pourrait prendre une demi-heure, ça me prend une heure et demie
, raconte-t-elle.
Autobus, métro, train, vélo, piétonnisation… La région métropolitaine regorge de moyens pour se déplacer, mais aucun n’est entièrement accessible.
Parmi ceux-ci, le métro, géré par la Société de transport de Montréal (STM), occupe une place centrale, et pourtant, son accessibilité demeure grandement déficiente.
Bien que la présence d’ascenseurs fonctionnels soit essentielle pour assurer une véritable autonomie, seulement 30 des 68 stations en sont équipées, ce qui limite considérablement les possibilités de déplacement pour de nombreuses personnes handicapées.
Présentement, deux chantiers d'ajout d'ascenseurs sont entamés sur le réseau de la STM : à la station Édouard-Montpetit, sur la ligne bleue, puis à la station-pivot Berri-UQAM pour accéder à la ligne jaune. Leur inauguration est prévue d’ici 2026.
Après, rien [n'est prévu]
, explique Laurence Parent, vice-présidente au conseil d’administration de la STM, qui explique cette situation par l’arrêt du financement du gouvernement provincial au Programme accessibilité (PA).
Le PA, lancé en 2017 pour améliorer l’accessibilité du métro de Montréal, a été interrompu après les deux premières phases.
La STM avait demandé une enveloppe de 300 millions de dollars pour une troisième phase, qui aurait ajouté cinq ascenseurs, mais Québec l’a exclue de son Plan québécois d’infrastructures 2024-2034, repoussant la quatrième phase en vue de 41 stations accessibles, dans un contexte de déficit budgétaire record .
L’accessibilité : un investissement, pas une dépense
Pourtant, selon le directeur général du Regroupement des usagers du transport adapté et accessible (RUTA), Dominic Palladini, ce n’est pas dans les travaux sur l’accessibilité qu’il faut couper, car ce sont
des investissements
pour l’État
qui stimuleraient l'économie à long terme
.
En effet, pour M. Palladini, investir
permettrait que ces gens puissent participer à la vie économique de la société, [puisqu’]en ce moment, ils sont empêchés de le faire, pas par manque de volonté mais par manque de ressources [et] d'accessibilité
.
En démocratisant l'accès au réseau, les personnes à mobilité réduite
vont être en mesure de pouvoir vivre leur vie plus normalement, c'est-à-dire sortir, aller faire des activités avec leurs amis, aller au travail, aller au restaurant
, a-t-il ajouté.
La difficulté de se déplacer expose les personnes en situation de handicap à un isolement accru, particulièrement l'hiver, lorsque les conditions météorologiques compliquent davantage les déplacements, ce qui peut avoir des répercussions sur leur santé mentale.
Ce manque d’accès aux transports limite également leur accès à l’emploi. Actuellement, dans la province, près de 100 000 personnes en situation de handicap ne travaillent pas, alors qu'elles
auraient la capacité de travailler
, selon le directeur général de l'Office des personnes handicapées du Québec, Daniel Jean.
Possibilité ratée pour le REM
Inauguré en 2023, le Réseau express métropolitain (REM) était attendu comme un modèle d’accessibilité, mais il a largement déçu.
L'accessibilité universelle n'a vraiment pas été considérée par la Caisse de dépôt. [...] C'est quand même assez ahurissant en sachant que ça a été construit assez récemment
, a commenté Marie-Ève Desroches, organisatrice communautaire et co-coordonnatrice de la Table des groupes de femmes de Montréal.
Présentement, il n’y a pas d'ascenseur qui relie la station de métro Bonaventure à celle du REM. Maude Massicotte déplore cette situation, soulignant que le fait
d'inclure tout type de personnes qui vont utiliser les infrastructures [en amont], ça va éviter de démolir pour reconstruire
.
Daniel Jean abonde dans ce sens : il souhaite faire inscrire dans la loi l’obligation de consulter les personnes concernées dès la conception des projets.
De plus, les navettes utilisées pour dépanner les usagers lors des nombreuses pannes du REM ne sont pas universellement accessibles non plus.
Comparaison peu flatteuse pour Montréal
Lorsqu’on compare, les autres villes nord-américaines n’ont rien à envier à Montréal. À Vancouver, le métro est entièrement accessible, et Toronto vise le même objectif d’ici 2026 .
Pourquoi est-ce qu'on en est là? Historiquement, on a commencé à intervenir sur nos stations très tard comparativement à d'autres villes
, précise la vice-présidente au conseil d’administration de la STM.
Dans la région métropolitaine, 502 290 personnes vivent avec une incapacité, d’après le rapport de l’Office des personnes handicapées datant de 2022.
Ce nombre n'inclut pas les parents qui transportent leurs enfants à l’aide de poussettes, les personnes âgées ou encore les personnes qui transportent des bagages encombrants : ces personnes bénéficieraient aussi d'une meilleure accessibilité.
Mme Parent, elle-même en situation de handicap, est toutefois d'avis que la métropole a fait de grands progrès depuis le début du 21e siècle.
Auparavant, pour
les personnes handicapées, c'était le transport adapté seulement
, fait-elle remarquer en ajoutant ceci :
On leur disait : Pourquoi est-ce que vous voulez prendre le bus, puis le métro?" Je pense que là, on est ailleurs. Les mentalités ont changé.
Comments
Post a Comment