Elle ne sera finalement pas la fontaine de jouvence que plusieurs chercheurs et vendeurs de suppléments espéraient : les résultats d’une étude longitudinale publiée dans la revue Science (en anglais) montrent que la taurine n'est pas un biomarqueur fiable du vieillissement.
Le potentiel de la taurine à servir de biomarqueur ou de modulateur du vieillissement a fait l'objet de plusieurs recherches
, rappelle le biochimiste et pharmacologiste Michel Bernier, de l’Institut américain sur le vieillissement (NIA), qui a participé à la recherche.
Des travaux publiés en 2023 – qui avaient fait grand bruit à l’époque – montraient que la concentration de taurine dans le sang diminue avec l’âge chez les souris, les singes et les humains. Les auteurs affirmaient aussi que des singes et des souris à qui on avait donné de la taurine vivaient plus longtemps et en meilleure santé.
Un mythe déboulonné
Or, les travaux de l’équipe du NIA n’arrivent pas aux mêmes conclusions, bien au contraire.
De plus, les chercheurs ont constaté une forte variation des niveaux de taurine entre les personnes.
Cette différence est bien plus significative que tout changement au sein de la trajectoire de vieillissement d'un individu
, remarque Michel Bernier.
Des données
béton
Dans son étude, l’équipe du NIA a eu recours aux dossiers de certains participants d’une étude longitudinale sur le vieillissement menée sur des humains (la Baltimore Longitudinal Study on Aging ). Elle a aussi utilisé les données physiologiques et biologiques de singes et de souris recueillies régulièrement pendant plusieurs années, ce qui contraste avec les analyses de 2023 réalisées sur de courtes durées et qui se concentraient sur des animaux jeunes adultes, et non sur des animaux âgés.
Notre base de données est très solide pour réaliser des analyses statistiques robustes
, note le chercheur qui travaille au NIA depuis 35 ans.
Repère
- La taurine est impliquée dans plusieurs fonctions biologiques, mais ne participe pas à la synthèse de protéines.
- Taurine vient du mot latin taurus (taureau), car elle est abondante chez le bœuf.
- Elle est aussi présente dans les autres viandes, le poisson et les fruits de mer, mais il y en a très peu dans les fruits et légumes.
- Plusieurs boissons énergisantes telles que le Red bull, le Monster et le Rockstar en contiennent.
Certaines personnes consomment des boissons énergétiques ou d'autres suppléments contenant de la taurine pour améliorer leur masse musculaire. Cet aspect n’est pas l’objet des présents travaux.
Le danger de la polymédication
Ces résultats permettent d’établir que la taurine n'est pas un marqueur fiable du vieillissement, ce qui permet d’écarter la prise de suppléments
pour vivre plus vieux
.
Cette information est essentielle pour Michel Bernier, qui explique que les personnes âgées prennent souvent plusieurs médicaments.
Le chercheur rappelle l’importance de consulter un médecin ou un pharmacien avant d’ajouter un élément qui pourrait interagir avec sa médication.
Des signatures du vieillissement
Michel Bernier souligne que
le corps humain est une machine chimique complexe
et qu'un biomarqueur fiable du vieillissement sera probablement « une combinaison de plusieurs marqueurs plutôt qu'un seul pourrait être nécessaire pour déterminer si quelqu'un vieillit plus lentement ou plus rapidement que son âge chronologique.
Quoi qu’il en soit, la recherche sur la taurine va se poursuivre. Un essai clinique initié par l'auteur principal de l'article de 2023 est en préparation.
Le chercheur Bernier souligne l'importance de toutes les études réalisées sur la taurine, même si parfois leurs résultats se contredisent.
Et, selon lui, ce processus a conduit à la clarification actuelle selon laquelle la taurine n'est pas un biomarqueur du vieillissement,
ce qui contribue à faire avancer la recherche future
.
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