Les femmes, les filles et les personnes de diverses identités de genre des Premières Nations continuent d’être victimes d’exploitation sexuelle et de travail forcé à un taux disproportionné, et le gouvernement ne fait pas assez pour y rémédier, souligne l’Assemblée des Premières Nations (APN) dans son rapport d’étape de 2025.
L’APN a publié mardi son rapport d’étape de 2025 à l’occasion du sixième anniversaire du rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA).
Soulignant que le rapport d’étape 2024 révélait qu'à peine deux des 231 appels à la justice issus de l’Enquête ont été entièrement mis en œuvre, l’APN change d’approche. Elle a choisi cette année d'insister sur un seul thème, qu’elle juge prioritaire : la traite des personnes.
Environ 50 % des victimes de la traite de personnes au pays sont des femmes autochtones, alors qu’elles représentent moins de 5 % de la population totale, selon le ministère de la Sécurité publique.
La traite des personnes se produit au sein de nos communautés, le long des autoroutes, à proximité des projets de développement et à la frontière
, a déclaré dans un communiqué la cheffe nationale
Cindy Woodhouse Nepinak
.
Cette violence n’est pas nouvelle, remarque Mme
Woodhouse Nepinak
,
elle est l’héritage du colonialisme, du racisme et des inégalités systémiques
.
Le rapport montre que les mesures prises pour lutter contre la traite des personnes restent insuffisantes et incohérentes d’un secteur à l’autre et d’une région à l’autre
, a dénoncé Mme
Woodhouse Nepinak
, soulignant du même coup que
les survivants et leurs familles sont exclus des processus décisionnels, et [que] les solutions communautaires ne bénéficient pas d’un financement durable
.
L’APN réclame un financement à long terme, une coordination de mesures à l’échelle fédérale et la reddition de comptes des industries opérant sur les territoires des Premières Nations et aux alentours.
Faisant écho à la vingtaine d’appels à la justice qui portent spécifiquement sur les questions de la traite de personnes et de l’exploitation sexuelle, l’APN formule une série de recommandations, dont certaines sont adressées aux différents ordres de gouvernement. D'autres visent les services de police, les organismes de protection de l’enfance, les fournisseurs de services d’éducation et de santé ou l’industrie hôtelière.
Nous demandons au gouvernement du Canada d’agir dès maintenant pour mettre pleinement en œuvre les appels à la justice, non seulement en ce qui concerne la traite des personnes, mais aussi en ce qui a trait aux services de police, aux services correctionnels, aux répercussions de l’extraction des ressources et à la coordination intergouvernementale et transfrontalière
, a déclaré la cheffe nationale.
Des progrès insuffisants
Chaque retard, chaque occasion manquée coûte des vies
, a déclaré
Wendell LaBobe
, chef régional de l’Île-du-Prince-Édouard et titulaire du portefeuille des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées de l’APN.
Nous avons constaté certains progrès, certes, mais ils ne sont pas assez rapides et restent insuffisants
, a-t-il ajouté.
Il ne s’agit pas seulement de chiffres ou de conclusions, mais de vies humaines, et ces personnes nous appellent tous à faire plus, maintenant.
La réponse du fédéral
Le ministère des Relations Couronne-Autochtones a lui aussi publié son Rapport d'avancement annuel qui fait le point sur la réponse du gouvernement fédéral à l’ENFFADA.
Le ministère insiste sur des progrès concrets réalisés depuis le dépôt du rapport final. Parmi ceux-ci :
- la nomination d’une conseillère principale chargée de la lutte contre la traite des personnes;
- un financement pour plus de 90 organisations de femmes autochtones et de personnes 2ELGBQTI+ afin d'accroître leur capacité à prévenir ou à combattre la violence fondée sur le sexe;
- la mobilisation et la co-élaboration du projet pilote de l'alerte robe rouge, un système d'intervention d'urgence pour les femmes, les filles et les personnes LGBTQ+ autochtones disparues;
- la création de 37 nouveaux refuges et 36 nouvelles maisons de transition pour les femmes, les enfants et les personnes LGBTQ+ autochtones qui fuient la violence fondée sur le sexe.
Le rapport d'avancement de cette année reflète notre engagement en faveur d'un changement durable et systémique et montre le travail accompli pour favoriser la sécurité, le bien-être et la justice pour les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQI+ autochtones, les familles et les survivants, ainsi que les communautés autochtones
, a souligné dans un communiqué Rebecca Alty, ministre des Relations Couronne-Autochtones.
Le sigle 2ELGBTQQIA+ fait référence aux personnes bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queer, en questionnement, intersexuées, asexuelles et autres.
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