Sans équipe de hockey junior depuis la suspension des activités des Titans il y a un an, la Ville de Témiscaming multiplie ces derniers mois les efforts en coulisses afin de concrétiser le déménagement d’une équipe de la Northern Ontario Junior Hockey League (NOJHL) dans la communauté.
Située au sud de l’Abitibi-Témiscamingue, à la frontière de l'Ontario, la Ville pourrait ainsi joindre une ligue dont les équipes sont presque toutes situées à 4 heures de route ou moins.
Le maire de Témiscaming, Alain Gauthier, soutient qu’un promoteur désire déménager une franchise dans la Ville. Les équipes et les ligues concernées auraient toutes donné leur appui au déménagement à l’exception d’une seule : la Ligue de hockey junior AAA du Québec (LHJAAAQ).
Cette opposition fait présentement achopper le projet de déménagement d’une équipe de la NOJHL à Témiscaming, qui a été durement touchée l’été dernier par la mise à pied de 275 travailleurs à l’usine de l’entreprise forestière RYAM.
C’est d’ailleurs notamment pour aider la communauté à se relever de ce coup dur qu’Alain Gauthier souhaite faire revenir une équipe de hockey junior dans sa ville.
Le hockey pour Témiscaming, c’est un exemple de tout ce qui a pu remplacer les rencontres du perron de l’église d’il y a 100 ans, qui ne se font plus. Quand une ville vit des problématiques, des défis comme on vit présentement, avec le moral qui est atteint, la vitalité, les gens osent moins sortir
, fait-il observer.
Pour Alain Gauthier, la position de la LHJAAAQ et de son commissaire Kevin Figsby est incompréhensible, dans le contexte où la ville de Témiscaming, alors représentée par les Royals, a évolué dans la NOJHL de 2007 à 2011.
De se faire mettre des bâtons dans les roues pour quelque chose qu’on a depuis 2007 à Témiscaming, le droit de jouer avec des équipes de l’Ontario qui sont proches, c’est carrément de nous casser les genoux en termes de vitalité économique, de culture, de moral
, déplore le maire.
Aucune explication
a tenté d’obtenir une entrevue avec le commissaire de la LHJAAAQ, Kevin Figsby, pour connaître la position de la ligue, mais les demandes formulées sont restées sans réponse.
Alain Gauthier, pour sa part, soutient n’être parvenu à ouvrir un canal de communication avec M. Figsby que
très récemment
, après plusieurs mois de démarches. Il affirme toutefois ne pas avoir eu de réponses concernant les motifs de refus de la ligue.
Aucune explication. On a travaillé depuis le mois de février à établir un canal de communication pour faire des présentations, avoir ces discussions-là, recevoir des explications. On n’est pas des imbéciles, on est des humains égaux à égaux. On veut expliquer, on veut échanger entre humains pour comprendre ça. Ça demeure bref et en surface. Sans aucune explication, l’humain imagine les pires scénarios
, explique-t-il.
Sans réponse claire de la part de la LHJAAAQ, M. Gauthier ne peut que spéculer. Selon lui, la ligue souhaite protéger le bassin de joueurs pouvant joindre ses rangs et pourrait aussi justifier son refus par la possibilité qu’un jour, elle procède à une expansion en Abitibi-Témiscamingue.
Si c’est ça, c’est une vision court terme. Si on donnait davantage accès et davantage la chance de rêver à nos jeunes à partir d’un plus bas âge, qu’ils pourraient un jour jouer au hockey junior en Abitibi-Témiscamingue, il y aurait des dizaines et des centaines de joueurs de plus qui se développeraient
, avance-t-il.
Faire tomber des barrières
Pour appuyer la démarche de la ville, Alain Gauthier a obtenu des lettres d’appui des communautés autochtones de Kebaowek et de Wolf Lake, de la municipalité de Kipawa et du député d’Abitibi-Témiscamingue Sébastien Lemire.
Pour Justin Roy, membre du Conseil de la Première Nation de Kebaowek, le retour d’une équipe de hockey junior à Témiscaming profiterait à l’ensemble de la communauté.
On est de bons voisins avec la Ville de Témiscaming. Tout le monde de Kebaowek, tous les citoyens de Témiscaming et Kipawa, on vit ensemble, on utilise les mêmes infrastructures, les mêmes équipes de hockey, les mêmes écoles, les mêmes centres de santé. Des choses qui affectent Témiscaming, de façon positive ou négative, ça affecte aussi Kebaowek
, plaide-t-il, soutenant que Témiscaming est
une communauté hockey
.
Alain Gauthier rappelle que sa ville est située à un jet de pierre de l’Ontario. Pour lui, il importe de faire tomber des barrières plutôt qu’en ériger.
Au niveau social, il y a des corridors de soins au niveau hospitalier avec l’Ontario. La moitié des gens qui travaillent à l’usine de Témiscaming demeurent en Ontario. Nos jeunes, il y en a qui fréquentent les écoles en Ontario et vice-versa. Il n'y en a pas de frontière chez nous. Là, il y en a pour des gestionnaires de ligues privées, et ça nous atteint énormément
, dénonce-t-il.
Des séries chaque semaine
En raison de la situation géographique de sa ville, il est naturel pour Alain Gauthier de joindre la NOJHL.
Quand on regarde la LHJAAAQ, ça serait 10 heures d’autobus en moyenne pour aller jouer des matchs. Pour les jeunes, ça n’a aucun bon sens. En moyenne, on est à 2 heures, 2 heures et demie des équipes de la NOJHL
, fait-il remarquer.
Cette proximité aide selon lui à créer des rivalités et à remplir les arénas.
Les compétitions saines entre l’Ontario et le Québec, on a l’occasion de les vivre chaque semaine dans nos joutes de saison régulière. C’est quasiment comme des séries chaque semaine
, mentionne-t-il.
Dans la LHJAAAQ, l’équipe la plus près est située à Gatineau, à près de 5 heures de route.
Le député du Bloc québécois dans Abitibi–Témiscamingue, Sébastien Lemire, est conscient que la règle actuelle veut qu’une équipe du Québec doive jouer dans la LHJAAAQ.
Il demande néanmoins au commissaire Kevin Figsby, qu’il a sollicité pour une rencontre, de faire preuve de souplesse.
Si on veut développer ce calibre-là du junior AAA en Abitibi-Témiscamingue, ça va prendre une première équipe. Ce n’est pas de dire qu’à jamais on veut que l’équipe de Témiscaming joue en Ontario. Peut-être que le succès va être créé et que tranquillement, il va se recréer des équipes ailleurs dans la région et qu’il y aura peut-être une division témiscabitibienne dans la LHJAAAQ
, affirme-t-il.
Sébastien Lemire demande à M. Figsby et à la LHJAAAQ de considérer l’aspect humain de la situation.
Il va falloir qu’ils portent un regard sur les impacts que ça a chez des jeunes. Pour moi, la préoccupation, c’est : est-ce qu’on permet à des jeunes de l’Abitibi-Témiscamingue, particulièrement du Témiscamingue, de pouvoir poursuivre leur carrière lorsqu’ils atteignent le stade junior? Est-ce qu’on peut offrir ces opportunités-là, à proximité, que ce soit réaliste et abordable? Pour moi, c’est un enjeu qui est oui un peu politique, mais qui est surtout humain
, souligne-t-il.
Le temps presse
Pour parvenir à concrétiser la venue d’une équipe de la NOJHL en vue de la saison 2025-2026,
le temps commence à presser
selon Alain Gauthier.
Il reste au maximum deux semaines, croit le maire de Témiscaming. Après ça, il sera trop tard puisque les ligues devront préparer le calendrier
, dit-il.
Les choses devront donc évoluer rapidement si Témiscaming souhaite éviter de vivre une deuxième année consécutive sans équipe de hockey junior.
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