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Des douzaines de Canadiens se dirigent vers Gaza pour mettre fin au blocus israélien

Des dizaines de Canadiens s’apprêtent à se rendre en Égypte pour prendre part à une marche internationale qui les mènera à la frontière de la bande de Gaza, afin de réclamer l’ouverture d’un corridor humanitaire dans ce territoire palestinien assiégé par Israël.

Des ressortissants de plus de 60 pays, dont la France, l’Espagne, la Belgique, l’Irlande, la Grèce, le Japon, le Brésil et l’Australie, prendront eux aussi part à ce mouvement qui se veut non violent , indépendant et apolitique .

La délégation canadienne comprend entre 75 et 125 personnes , selon l’un des organisateurs contacté par .

Les participants canadiens viennent de toutes les provinces, de la Colombie-Britannique au Nouveau-Brunswick, en passant par la Saskatchewan, le Québec et même le Yukon , explique Manuel Tapial, un militant hispano-canadien des droits de la personne et cofondateur de l’organisme Palestine Vivra .

Parmi eux, il y a des professeurs universitaires, des professionnels, des étudiants, ainsi qu’un large contingent de soignants , ajoute ce Montréalais de 50 ans.

Une marche de trois jours

Selon le programme de la marche, les participants convergeront vers Le Caire le 12 juin avant de se rendre par bus à Al-Arich, dans le nord de la péninsule du Sinaï, d’où ils vont entamer une marche de près de 50 kilomètres, longue de trois jours, jusqu’à Rafah, à la frontière avec la bande de Gaza.

Une fois arrivés à Rafah, les participants prévoient camper sur place pendant deux jours avant de rentrer au Caire par bus.

Les organisateurs du mouvement assurent que l’objectif n’est absolument pas d’entrer de force à Gaza .

Une situation catastrophique

Le point de passage de Rafah était le seul accès à la bande de Gaza qui n’était pas contrôlé par Israël avant mai 2024, date à laquelle les forces israéliennes ont envahi cette région frontalière, ordonnant à environ 100 000 Palestiniens d’évacuer la zone.

Le terminal de Rafah était également l’un des principaux points de passage de l’aide humanitaire vers la bande de Gaza, dévastée par les bombardements israéliens et en proie à une situation humanitaire catastrophique.

Selon l’ONU, les quelque 2,4 millions d’habitants de ce territoire sont aujourd’hui menacés de famine.

En guerre depuis près de 20 mois contre le Hamas à Gaza, après l'attaque du 7 octobre 2023 en Israël, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou a imposé pendant plus de deux mois un strict blocus sur les Gazaouis, empêchant l’entrée de l’aide humanitaire internationale.

Ce blocus a été partiellement assoupli fin mai, mais une controverse entoure l’organisation nouvellement sélectionnée pour distribuer l’aide aux Palestiniens, connue sous le nom de Fondation humanitaire de Gaza (GHF).

Cette organisation, officiellement une société privée dotée d'un financement opaque, affirme avoir distribué des millions de repas depuis le début de ses opérations fin mai, mais son déploiement a été marqué par des scènes chaotiques et des informations faisant état de victimes de tirs israéliens à proximité des centres de distribution.

Les Nations unies ont refusé de travailler avec la GHF en raison de préoccupations concernant ses procédés et sa neutralité, certaines agences d'aide humanitaire estimant qu'elle semblait avoir été conçue pour répondre aux objectifs militaires israéliens.

Mercredi, GHF a d’ailleurs annoncé avoir temporairement fermé ses centres d’aide après la mort de 27 Palestiniens par des tirs israéliens près de l’un de ses centres de distribution.

Une pression « morale »

Selon les organisateurs de la marche, l’objectif de leur initiative sert avant tout à créer une pression morale et médiatique internationale [...] pour dénoncer la situation injuste et dramatique provoquée par le blocus israélien .

La délégation canadienne condamne par ailleurs l’inaction du Canada face à l’ampleur de la tragédie .

Il faut mettre fin à ce génocide auquel nous assistons en direct sur nos écrans de télévision et sur nos téléphones , ajoute le militant montréalais.

Le 19 mai, le premier ministre Mark Carney a suscité l’ire de son homologue israélien pour avoir menacé –  conjointement avec les dirigeants du Royaume-Uni et de la France – de ne pas rester les bras croisés face au blocus humanitaire imposé par l’État hébreu sur les Palestiniens de Gaza. Il avait promis de prendre des mesures concrètes contre Israël, allant jusqu’à menacer le gouvernement Nétanyahou de sanctions ciblées .

Aucune mesure n’a toutefois été annoncée par M. Carney depuis cette sortie. Dans une publication sur X, mardi, Développement Canada a cependant appelé Israël à permettre la reprise immédiate et sans entraves de l’aide humanitaire acheminée par l’ONU vers Gaza .

« Un message aux générations futures »

Pour Colombe Dimet, une infirmière montréalaise de 40 ans qui est impliquée dans l’organisation de la marche vers Gaza, il s’agit d’un bon pas de la part du Canada, mais cela reste insuffisant, il n’y a aucune action concrète qui n’a été prise .

Pour elle, participer à cette marche est important d’un point de vue humain, mais aussi professionnel . Plus de 1400 soignants ont été tués dans des frappes israéliennes à Gaza depuis le début de la guerre, selon les données du ministère gazaoui de la Santé, citées dans un rapport de l’ONU.

Fin mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué que plus de 94 % de tous les hôpitaux de la bande de Gaza sont endommagés ou détruits . L’organisation a, par ailleurs, enregistré 697 attaques israéliennes visant les services de santé à Gaza depuis octobre 2023.

Je ne peux plus supporter de voir les attaques systématiques sur le réseau de la santé à Gaza, dit Mme Dimet, qui est membre de l’Association des travailleuses et travailleurs pour la Palestine. Nos collègues palestiniens sont visés, ils sont pris pour cible.

Mère de deux enfants, âgés de 7 ans et de 5 ans, elle affirme prendre part à cette marche pour envoyer un message aux générations futures .

Une initiative parmi d'autres

La marche vers Gaza va coïncider avec plusieurs événements internationaux d’envergure, dont le sommet du G7 qui se tiendra du 15 au 17 juin au Canada, et la conférence de l’ONU, prévue entre le 17 et le 20 juin, pour relancer la solution à deux États face à l’enlisement du conflit israélo-palestinien.

D’une certaine manière, nous voulons que nos voix soient entendues lors de ces sommets internationaux , indique le militant canadien. Si les preneurs de décisions échouent dans leurs responsabilités, nous devons intervenir en tant que citoyens.

En plus de la marche vers Gaza, d’autres initiatives sont organisées en parallèle pour réclamer la fin du blocus israélien sur le territoire palestinien. Un voilier transportant de l’aide alimentaire et médicale a quitté le port sicilien de Catane le 1 er juin et se dirige en ce moment vers la bande de Gaza.

Plusieurs personnalités connues se trouvent à son bord, dont la militante écologiste suédoise Greta Thunberg et l’eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan.

Des risques « possibles »

Début mai, un autre navire chargé d’aide qui se rendait vers Gaza a été gravement endommagé après une attaque au drone au large de Malte. L’attaque n’a pas été revendiquée, mais les passagers avaient alors dit soupçonner une attaque de drones israéliens.

En 2010, des commandos israéliens avaient pris d’assaut une flottille internationale qui tentait de briser le blocus de la bande de Gaza, ce qui avait causé la mort de dix personnes qui se trouvaient à son bord. L’opération contre le navire Mavi Marmara avait été menée en eaux internationales et avait engendré un vaste scandale à l’époque.

Le Montréalais Manuel Tapial se trouvait à bord de ce bateau au moment de l’attaque israélienne et avait été arrêté par les forces israéliennes à l’époque.

On ne sait pas comment ils vont réagir cette fois-ci , dit-il à . On ne sait pas s’ils vont nous bombarder, tout est possible.

Selon M. Tapial, les organisateurs de la marche se disent préparés à toute éventualité, et indiquent avoir mis sur pied une équipe juridique prête à assister au besoin. Une conférence de presse doit, par ailleurs, avoir lieu jeudi matin à Montréal pour donner plus de détails sur la participation canadienne à cette marche.

Selon les organisateurs, plus de 80 organismes canadiens, dont l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), appuient cette initiative internationale.

Le projet risque toutefois de tomber à l’eau si les autorités égyptiennes décident d’interdire la marche et refusent de garantir l’accès des participants au nord du Sinaï, une région en proie à des violences.

Affaires mondiales Canada recommande d’ailleurs à ses ressortissants d'éviter tout voyage dans cette zone en raison d’activités terroristes et d’opérations militaires en cours menées par les forces armées égyptiennes .

Des contacts ont déjà été établis entre les organisateurs de la marche et les autorités égyptiennes, selon M. Tapial.

Si la marche est interdite, des actions pacifiques sont prévues au Caire , dit-il.

L'attaque du 7 octobre 2023 a entraîné la mort de 1218 personnes côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles. Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 57 sont toujours retenues à Gaza, dont au moins 34 sont mortes, selon les autorités israéliennes.

Côté palestinien, les bombardements israéliens ont tué plus de 54 607 personnes, majoritairement des civils, selon des données du ministère gazaoui de la Santé, jugées fiables par l'ONU.

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